Première candidate à une élection présidentielle au Togo

Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, investie par la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), parti d’opposition, est la première femme candidate à une élection présidentielle au Togo.

Elle est en course pour l’élection présidentielle du 4 mars prochain, initialement prévue le 28 février mais reportée en raison de retards dus aux contentieux sur les listes électorales.

«C’est une lourde responsabilité pour moi et je réalise pleinement la portée de la responsabilité qui m’attend si les électeurs me font confiance pour présider les destinées de notre pays», confie Adjamagbo-Johnson à IPS. Elle estime que sa candidature est la preuve que le Togo s’inscrit, lui aussi, dans le concert des pays qui font de plus en plus confiance aux femmes et qui créent les conditions pour qu’elles émergent.

Titulaire d’un Doctorat en droit, Brigitte Kafui Adjamagbo Johnson est née le 26 décembre 1958. Elle a débuté sa carrière politique au début des années 1990. Membre fondatrice de la CDPA, elle sera rapporteur général du Bureau de la Conférence Nationale en 1991.

Adjamagbo Johnson occupera ensuite plusieurs postes de responsabilités dans son pays dont celui de ministre. Connue pour son franc-parler et son engagement politique, elle est surnommée «la dame de fer». «Je m’engage à créer les conditions favorables pour que les filles et fils de notre pays, dans un sursaut patriotique, réapprennent à vivre ensemble comme un seul et même peuple», affirme-t-elle.

Le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Tabiou Taffa, se félicite de l’engagement de la candidate. «La CENI lui souhaite bonne chance, que son exemple et son courage servent de modèle à nos mères et à nos sœurs», commente Tabiou Taffa.

Adjamagbo-Johnson est en course avec six autres candidats tous de sexe masculin dont le président sortant Faure Gnassingbé.

Les autres candidats en lice sont Jean Pierre Fabre, candidat du principal parti de l’opposition Union des forces de changement (UFC), Yaovi Agboyibo du Comité d’action pour le renouveau (CAR), Nicolas Lawson du Parti du renouveau et de la rédemption (PRR), Bassabi Kagbara du Parti démocratique panafricain (PDP) et Messan Agbeyomé kodjo, de l’Organisation pour bâtir le Togo dans l’unité et la solidarité (OBUTS).

«Le fait que madame Adjamagbo-Johnson, une femme de qualité soit candidate est une bonne chose et c’est la preuve que la femme togolaise ne veut plus jouer les seconds rôles sur le plan politique», apprécie Agbeyomé Kodjo.

«Cette candidature féminine prouve que les femmes ont un rôle très important à jouer sur l’échiquier politique national», commente pour sa part Esso Solitoki, secrétaire général du Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti au pouvoir, et représentant du président Faure Gnassingbé. «C’est la preuve que les autorités du pays ont fait de l’émancipation et la promotion de la femme leur cheval de bataille», soutient Solitoki.

Mais la candidature d’Adjamagbo-Johson n’est pas perçue par tous de la même façon.

Même si la candidature de Adjamagbo-Johson est une première au Togo, elle n’incarne «malheureusement» pas le changement tant voulu par les togolais, nuance Isabelle Améganvi, avocate et député de l’UFC à l’Assemblée Nationale togolaise. «Nous les femmes du Togo, nous avons notre mot à dire dans le processus en cours et donc nous avons le devoir de nous mobiliser pour la victoire du candidat de l’UFC Jean Pierre Fabre», commente-t-elle.

Fabre lui-même estime qu’il n’est pas question de faire de l’élitisme ou de favoriser les femmes en se basant sur l’approche genre. «Il faut mettre en avant les compétences», souligne Fabre qui est par ailleurs en discussion avec les six autres candidats de l’opposition pour dégager un candidat unique.

«Je pense qu’on peut prendre le critère du genre ou de l’âge pour choisir ce candidat unique et Mme Adjamagbo-Johnson pourra faire l’affaire si tous les autres candidats la soutiennent», a souligné Agbeyomé Kodjo.

«L’égoïsme des hommes feront qu’ils chercheront certainement à combattre cette femme qui a toutes les qualités pour gouverner ce pays», estime Georges Kelèm, enseignant. Selon lui, l’expérience politique de Adjamagbo-Johnson et sa vie associative constituent un grand atout pour elle.

Adjamagbo-Johnson est très active dans la défense des droits de la femme. Elle milite dans plusieurs associations et elle est la coordinatrice sous régionale de l’ONG Femme, droit et développement en Afrique (WILDAFF). Elle siège également au sein du comité consultatif du Fonds de développement de la femme africaine (African Women Developement Fund – AWDF).

«Nous avons toujours voulu depuis longtemps qu’une femme soit candidate à l’élection présidentielle au Togo et cette année notre rêve est devenu une réalité et elle va à coup sûr gagner», lance optimiste, Lydia Konou, revendeuse dans un marché de Lomé.

Le Togo compte plus de 5,5 millions d’habitants avec 52 pour cent de femmes, selon les chiffres officiels. On retrouve quatre femmes dans le gouvernement et neuf au parlement du pays où les femmes sont sous représentées. Une situation déplorée par la candidate.

Elle s’insurge aussi contre les conditions de vie de ses concitoyens: le fait que dans beaucoup de famille, se nourrir trois fois par jour est devenu un luxe; le nombre de femmes qui meurt encore en couche dans son pays… Mais elle promet «démocratie, pain et boulot pour tous» avant de conclure: «Yes we can», reprenant le slogan du président américain Barack Obama.

par Noel Kokou Tadégnon (IPS)

~ par noeltadegnon sur 13 février, 2010.

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